Dakar

En l’an de grâce 2005, du mois de novembre en ce 18 ème jour, nous nous retrouvons à Dakar, au Cercle de Voile, association des grands voileux, où nous avons une place au mouillage.

 

Que de périples depuis notre dernière entrevue, familles et amis !

De la houle, des vagues, de l’eau, des poissons bizarres, des insectes surprenants, pleins d’intrigues et de suspense, que vont devenir nos deux héros ?

Arriveront ils à bon port ?

Vaincront ils toutes ces embûches posées par la méchante Dame Nature ?

Ben vuiche ! On s’est pas comment, mais on y est arrivé.

Et pour reprendre le terme fétiche de notre ô grand capitaine : « elle est pas belle la vie ?! »

Ben re-vuiche !

Bon, du sérieux maintenant, parce que la voile c’est du sérieux !

 

Nous étions à Morro Jable, notre dernier courrier remonte à cette date.

La veille de notre départ  pour Dakhla, nous avons passé une soirée agréable avec nos voisins canariens, grand amateur de pêche sportive. Au menu, barracudas, thons, marlins, et une autre espèce que je connais pas.

 

Soirée mémorable, grandes explications sur les techniques de pêche, que nous n’avons pas retenu, parce que nos amis canariens parlent l’espagnol aussi vite que leur ombre ou alors c’est notre compréhension de la langue qui est au ralentie.

 

Ciel, j’oubliais ! Une petite devinette…

  

Cherchez l’erreur….

Court, long… long, court, qui est qui ?

 

Nous avons décidés qu’un petit changement de look serait pratique, qu’en pensez vous fidèles lecteurs ?

 

Lors de notre dernier journal, nous avions lancé l’idée d’un top classement des 5 meilleurs texteurs, voici le résultat :

        N°1 : Jeanine et Loulou

        N°2 : Manon

        N°3 : Margaux

        N°4 : Luc and Co

        N°5 : Laurent, Géraldine et Lola

 

Juste une petite parenthèse, Ayline  bouge toi!

 

Le classement sera suivi sur les journaux suivants, donc on  ne relâche pas ses efforts, et on continue et puis ça nous fait grandement plaisir. Merci.

  

 

Allez zou au journal :

 

Dakhla : le 27/10.

 

 

Donc, je vous laisse deviner, nous sommes dans un port de pêche, nous sommes amarrés contre le mur, mur des lamentations bis.

Les marocains sont toujours aussi gentils et charmants, la gendarmerie, les douanes, l’armée et la capitainerie sont là pour nous accueillir et la valse des formulaires se met en place, les différents services ne communiquent pas entre eux, donc à vos stylos et séance de recopiage qui dure 1 heure mais toujours dans la bonne humeur.

La ville de Dakhla, enfin pour être plus précis, le village est assez pittoresque.

J’ai l’impression d’être dans un décor tout droit inspiré d’un livre de Stephen King, vous connaissez « Desolation » ? Le village abandonné avec des choses très bizarres et on se demande ce qu’il va nous tombé dessus au coin de la rue…

Et cet homme qui se tient tout seul adossé au mur et qui vous regarde de cet air vide et qui vous dit « Bijour madame, ti cherche kèke chose ? » Non en fait je ne cherche rien, je marche.

Je marche jusqu’au marché couvert en m’imaginant acheté 2 entrecôtes qui feront notre délice pour le soir. Le boucher prend sa grosse pièce de viande et dérange par son mouvement la sieste des mouches qui décident de faire un halo noir au dessus de ce qu’aurait dû être notre festin du soir et vous interpelle par ces mots « Madame, ci trè bon, ci tou neuf, viens je vais ti donner un bon morso » et là-dessus, vous voyez le boucher mettre des claques à la viande en s’imaginant peut être que c’est votre tête, et vous vous découvrez l’âme végétarienne, vous rentrez d’ un pas léger sur votre bateau avec votre sac de fruits et légumes et vous faîtes un énoncé mental sur les vertus de la ratatouille.

Pendant ce temps,le plein d’eau et de gasoil est en bonne voie, votre homme fait des allers retours avec ses bidons en taxi, lequel est interdit dans  le port car il s’agit du port de l’armée ( ?) (avec des bateaux de pêche) (et des militaires qui pêchent à la ligne) (je suis un peu perplexe et j’avoue un peu perdue) donc on descend tout les bidons à l’entrée et on attend un camion autorisé à pénétrer dans ce no man’s land qui prendra le relais.

Rien que d’énumérer tout ça, je me retrouve épuisée.

Bon le ravitaillement est plus ou moins fait, nous partons.

 

Nouadhibou en Mauritanie, arrivés le 04/11.

Les 200 miles qui séparent Nouadhibou de Dakhla se font avec rage.

Tout est là pour faire plaisir, la trifouilleuse d’organes internes qui se révèle de plus en plus démoniaque, des rafales de vent de plus en plus puissantes à l’approche du port, malgré notre timing pour pouvoir arriver le jour, c’est la nuit qui nous accueille pour notre passage du Cap Blanc.

Les tankers, cargos et autres sont tous en mouillage à l’entrée du port.

Aucune balise, aucun feu pour nous guider, nos GPS décident tous de nous lâcher en même temps comme inspirés d’un complot, si bien qu’épuisés nous mouillons dans la baie en attente du jour pour trouver le site de mouillage réservé aux plaisanciers.

Avec le jour vient notre effarement et notre incrédulité quand au lieu où nous avons atterri… (vous ne contrôlez plus rien , vous êtes dans la quatrième dimension, tout vos efforts sont en vains), c’est un immense cimetière de bateaux, il y a des épaves partout.

 

Drôle de spectacle au réveil, n’est ce pas ? Cet endroit est réputé pour être très dur à traverser, les conditions sont exécrables, bref, le cap Blanc sera un souvenir plus que mémorable.

Nous restons 3 jours en mouillage et nous ne mettrons pied à terre qu’une seule fois et ce, pendant 5mn, tant l’hostilité se lit sur le visage des habitants.

Un seul bateau de pêcheurs s’approche de nous suite à nos appels insistants, font fi de ne rien comprendre à ce que l’on dit, et tente de nous refourguer un poulpe qu’ils vident sous nos yeux.

Les autorités ? Y’en a pas.

Enfin, si je rassemble mes souvenirs, je crois qu’il y a eu un autre bateau qui s’est approché de nous, mais ils étaient tous habillés en rappeurs, potes d’Eminem, avec leurs chaînes, mais aucun de ces charmants personnages n’avait l’impression d’être intéressé par vos humbles serviteurs.

Qu’à cela ne tienne, notre capitaine est en pleine envie obsessionnelle de langouste, marre des boites, et décide tant bien que mal d’aller voir les pêcheurs pour satisfaire son envie (de langouste) et nous ramène donc Auguste la langouste qui pèse près d’1,3kg et qui fera le bonheur de notre bonhomme.

 

Ne sachant pas trop comment nous y prendre car Auguste est bien trop gros et trop vivant pour le barbecue, il a tendance à déborder, et ce serait dommage de le laisser tomber à l’eau, nous décidons donc, après lecture du livre de cuisine, de le mettre à la casserole.

Que de cris et de hurlements, Auguste tente de sortir de la cocotte, il s’agrippe désespérément mais un véritable duel s’engage. Christophe, spatule à la main, tente de repousser l’entêté, Auguste se défend avec des moulinets d’antenne, la parti n’est pas gagnée, mais notre capitaine affamé aura raison de lui.

D’après le livre de cuisine, les choses devaient être beaucoup plus simple, moralité : méfiez vous des livres de cuisine, surtout quand ils affichent : très simple.

 

Le temps se calme un peu, et nous n’espérons qu’une chose : partir  au plus vite pour Dakar.

En quittant le port, un cargo retient mon attention, je me demande si je n’ai pas un problème de perspective, mais non, malheureusement.

 

Le cargo est échoué à l’entrée du port.

Heureuse de quitter cet endroit cauchemardesque et encore plus heureuse, que, lors de notre arrivée, nous n’ayons pas plus avancé dans la baie en pleine nuit.

 

 

Dakar :

Nous prenons la mer le 07/11 et au bout de 10mn, nous nous retrouvons dans une brume incroyable, on ne voit plus rien, nos sens sont en alerte et après s’ensuit la série classique : houle, vent, rafales enfin tout le manège quoi, vous connaissez la chanson maintenant, à une exception prés, nous n’étions plus seuls.

Des visiteurs sont là.

Des calamars volants, des criquets, des grillons, des pince oreilles, des poissons volants attaqueurs, des sauterelles.

Bienvenue dans la ménagerie.

Pour toutes les personnes insensées que mes écrits n’auront pas fait changer d’avis et qui feront des traversés, à vous pauvres malheureux ; munissez vous de vêtements et vestes de quart et d’un casque intégrale, très important si vous voulez pas vous retrouver avec un œil poché.

Les poissons volants chassés par les dauphins volent et atterrissent dans leur fuite éperdue n’importe où.

Imaginez, moi, lisant pendant mon quart, me faisant attaquer par ces poissons psychopathes, une de ces bestioles qui grimpe dans mon dos, et les autres, une fois tombés par terre dans le carré, font la réplique de Micheal Jackson du moon walk sur un fond sonore de grillons accompagné par mes cris et les paroles de Christophe, réveillé de sommeil, répétant « quoi, qu’est ce qui se passe, qu’est ce qu’il y a ? », vous mixez tout ça et vous aurez le tube de l’eurovision pour l’année 2006.

Et comble de la chose, vous vous apercevez que le pont est infesté de drôle d’insectes, et vous passerez le reste de votre quart recroquevillée dans un coin en vous demandant d’où vient tout ce bazar, vous êtes depuis 2jours à 100 milles des côtes, loin de tout…. Enfin c’est ce que vous croyiez.

 

Il se passe de drôle de choses pendant une traversée.

 

Les milles se décomptent, la côte se devine, nous arrivons presque, nous aurons parcouru 390 milles et presque tout à la voile. Le vent devient plus propice aux navigateurs, on sent les alizés, enfin !

  

 

Dakar nous voilà.

Nous allons jusqu’à la baie de mouillage où l’on retrouve notre bateau ami « Transfert » et sa petite famille.

Nous sommes heureux de voir tous ces bateaux français, qui ont fait le même chemin que nous.

 

Les conversations ont toujours les même sujets (devinez quoi ?), beaucoup viennent jusqu’ici et finissent par s’établir ici, on se laisse facilement emporter par le rythme très tranquille des journées, la gentillesse des sénégalais et la beauté des sénégalaises font tourner la tête de beaucoup de voileux.

Les soirées se passent en groupe autour d’une grande tablée,

 

jusqu’à l’heure du passeur, soit 22h, ou chacun, alors, rejoint son bateau avec la hâte de remettre ça le lendemain.

Les enfants sont suivis par des professeurs qui viennent jusqu’au centre, la vie ici est twanquille ! C’est le boneu pou les gazelles et les gazoux !

 

 

Quand on veut bien s’arracher à la tranquillité du coin, on s’arme de courage pour prendre un taxi bringuebalant pour aller jusqu’au centre ville, soit un parcours du combattant de 3-4 kms sous une chaleur à faire fondre.

Il y a des commerces sur chaque mètre carré de cette ville, des grandes surfaces, des boutiques, des cases, des étals, des ambulants, enfin de toutes sortes.

 

Et partout, le même sourire.

Les blancs sont rois ici. Ils sont appelés toubabs.

Pour ma part, je trouve ça injuste.

Le coût de la vie est dérisoire, on mange local pour 1,50euros si bien qu’il est plus intéressant de manger dehors que de cuisiner soi même, à condition d’aimer les deux P.

Poulet et poisson frits tous les jours.

Les cigarettes sont à 1euro.

A éviter tout produit français, car très cher.

 

Si vous décidez de faire un arrêt au Sénégal, surtout une chose à ne pas oublier, le paludisme.

A cette période ci de l’année, les risques sont moindres, mais quand même, ayez toujours un traitement avec vous.

Les polémiques sur les traitements sont nombreuses au sein de l’association.

Beaucoup préfère arrêter le traitement préventif car il est assez lourd en contre indications et opte pour un curatif en cas de contraction de la maladie car pour ceux qui s’établissent ici, la durée de prise maximum du traitement préventif est de 3 mois, au-delà il n’est plus efficace.

Nous, nous avons opté pour un traitement curatif, les risques comme je vous le disais sont minimes en cette période ci, donc plutôt que subir les contre indications, à la moindre faiblesse, fièvre et courbature, nous sommes parés, donc pas d’inquiétude pour nous, familles et amis.

 

C’est ici que nous nous quitterons, nous restons à Dakar jusqu’à fin décembre, donc no problemo, je vous envoie d’ici peu d’autres infos sur nos futurs périples au Sénégal.

Le 16/12, nous recevons pour une semaine, les parents et les filles de Christophe.

Manon, Margaux, vous allez vous régaler ici, nous vous attendons avec impatience, je sais que d’ici là, vous serez tellement motivées que les cours à l’école, ça sera les doigts dans le nez (n’est ce pas ?!), et nous avons pris une pompe de cale de rechange au cas où… Rire.

Prenez bien soin de vous, gros bisous du Sénégal, on pense à vous très fort.