Canaries

Aujourd’hui, mardi 25 octobre 2005, les Canaries.

 

Nous avons quitté Agadir pour rejoindre Arrecife, île au sud de Lanzarote, il y a 10 jours.

Les 230 milles séparant ces 2 points ont été parcourus en 2 jours et 2 nuits presque tout au moteur, comme presque toutes les navigations  depuis notre départ de Port Grimaud.

 

Les voileux se demanderont peut être ce que l’on fiche, car le but c’est quand même  de profiter un max des voiles et de réserver le moteur pour les manœuvres au port ou en cas de pétolite aigûe, c’est à l’origine du voilier.

Le souci est que l’Atlantique, c’est encore plus chiant que la Mediterranée.

Si, si. Aussi bien, la mer est reconnue comme étant capricieuse, que l’océan…ne ressemble à rien.

Aucun vent stable (pour l’instant), les alizés (ils sont où ?) se font attendre et nous subissons les différentes houles à un point où nous sommes obligés de revoir nos points d’arrivée.

Dans la famille houle, vous avez :

 -la petite houle, vicieuse, bien cassante qui porte le doux nom de petite vicelarde,

- la moyenne houle dite la pervers, toujours de travers, qui vous interdit de regarder les cadres photos à l’intérieur du carré tant on a l’impression qu’ils sont possédés par une force maligne avec leurs mouvements de balancine aigues,

- la grosse houle alias la trifouilleuse d’organes interne,  qui propose les caractéristiques des 2 premiers mais en maousse costaud, et là vous enlevez les cadres photos parce qu’ils risquent de partir en orbite sur une planète inconnue.

- le bibendum c’est la houle immense avec des creux de 5 mètres voir plus qui vous propose un tour de magie gratos en cachant les bateaux et en les faisant réapparaître au loin.

- la houle démoniaque dite la possédée que l’on a heureusement pas connue encore, et le plus tard sera le mieux.

- la houle pétole, celle qui vous fait penser aux grandes navigations que vous avez pu faire sur St Victor, et qui présage toujours une houle figurant dans la liste ci-dessus.

Le petit plus de cette houle c’est que c’est pendant celle-ci où l’on voit les dauphins.

 

Bref, tout ça pour vous dire les amis que les conditions de navigation ne sont pas au top, et que l’on préfère faire des sauts de puce pour se ravitailler que des grandes distances où l’on mettra 2 fois plus de temps avec des conditions parfois exécrables.

Nos amis français du bateau Transfert, ont fait les Canaries – Dakar en 13 jours, car pas une crotte de vent la nuit et très peu la journée, donc aidé du  moteur d’où des arrêts non prévus.

 

Je me rappelle d’une seule nuit où nous avons eu du vent, et quel vent ! plus de 20 nœuds  au portant.

Christophe a tangonné le génois pendant son quart, et puis va se coucher en me disant : « surtout, tu suis bien le vent » c’est une allure très dure à garder, d’autant que le vent est très changeant.

Je me réveille depuis peu de mon doux sommeil et regarde cette espèce d’art abstrait, avec pour seul commentaire «  ben, v’la autre chose » et qui me fait face sournoisement tout en promettant un quart inoubliable.

Bête et disciplinée, je suis le vent qui change toutes les 10 minutes, ne sait pas comment me débarrasser de ce tangon qui est censé me faciliter la vie donc je sors de mon cap tout en me disant que d’ici le lendemain nous aurons gagnés les côtes portugaises, sinon le vent très fort risque d’abîmer les voiles.

Je tiens le coup 2 heures en hurlant aux pêcheurs devant moi, de s’en aller car la course éperdue du tangon possédé continue et c’est alors que je décide de réveiller le capitaine pour qu’il m’enlève son bazar.

A bout de force et à bout de nerfs, nous retrouvons un cap en faisant les bons réglages, et mon cher et tendre m’explique (que maintenant) que le fait d’avoir tangonné le génois ne m’empêche en rien de l’enrouler, des envies de meurtre me titillent, tout en me disant qu’un homme est si vite tombé à l’eau. Baste, je sors de ce quart un peu moins bête et pressée d’aller me coucher, l’entonnoir sur la tête et la camisole de force

 

Ah oui, dernière chose avant de commencer le journal, pour toutes les personnes qui décideront (quand même) de partir sur leur voilier, un conseil : préparez votre bateau da A à Z, ne laissez  rien aux prochaines escales, partez l’esprit tranquille.

Vous ne trouverez pas ou avec beaucoup de mal, les pièces utiles, en ayant pas de voiture, les recherches se font en taxi, et la plupart des pseudo ships au Maroc et aux Canaries vendent au ¾ des articles de pêche.

Partez avec un bateau prêt, un bateau qui met en confiance.

Concernant la nourriture pour éviter les surprises, faites le plein en France de plats préparés ou lyophilisés si pratiques en navig.

Et dernier point, la valise à pharmacie. Qu’elle soit complète !

Allez zou, au journal.

Après une nuit bien agitée, la trifouilleuse d’organes internes était là, nous arrivons le 17/10 à minuit à Arrecife.

Nous resterons 2 nuits au mouillage dans le port, pas de ponton pour amarrer l’annexe (Tomate) quand on va en ville, donc système D on s’accroche un peu partout et on escalade des rochers, c’est facile en marée haute mais tortueux en marée basse.

 

Il pleuvote un peu sur Lanzarote mais il fait doux, nous cherchons un port pour faciliter notre ravitaillement.

A un peu plus de 6 milles, il y a le port de Calero.

 

 

Un port comme on en voit peu, d’une beauté et d’une propreté impensable.

Les bittes d’amarrage et les plaques d’égout sont en laiton.

 

 

Tout le monde est gentil, tout le monde est beau.

Nous resterons 4 jours ici pour profiter du lieu et pour fêter les 41 ans de notre Capitaine Christophe.

 

Au menu de ce jour anniversaire, une plongée à partir de la plage,

une visite des fonds en sous marin jaune et rouge,

 et un superbe dîner en amoureux dans un magnifique restaurant de style colonial.

 

Tout est magnifique.

Les Canaries sont magnifiques.

Le décor est à couper le souffle, les paysages volcaniques vous laissent imaginer des sorties en quads ou en randonnée.

Sable noir, eaux transparentes et poissonneuses, palmiers vous donnent un avant goût des Antilles.

 

Vous avez presque envie de terminer votre voyage ici, mais la route est longue encore pas de répit pour les marins, d’autres lieux nous attendent.

 

Nous quittons l’île de Lanzarote pour Fuerteventura.

C’est le port de Castillo qui nous accueille pour 2 jours le 22/10.

Nous et la bonite que nous avons pêché à la traîne.

Cette fois, nous n’avons pas trop tergiversé quand à la nature de la bête, nous avons préparé une moitié en carpaccio et l’autre moitié en papillote (Luc, tu aurais été fier de moi).

 Avant

et après.

 

Revenons au port Castillo de l’île de Fuerteventura,

Ici, pas de bitte et de plaque en laiton, mais des phoques

qui sont les stars de 3 à 4 représentations par jour pour tous les touristes qui pullulent.

Ce qu’il y a de remarquable dans ce port c’est que ses employés font partie d’une association qui repêche les poissons et mammifères blessés pour les soigner et protéger.

Sont passés par ici, des requins, des dauphins, des tortues de mer, des raies que l’on relâche après rémission.

 

 Nous décidons de mouiller à Porro Negro, lieu des plongeurs et station d’arrêt des grands catamarans pour touristes, afin de faire partie des 95% de gens qui voient à cet endroit là des tortues de mer (c’est le prospectus des ballades pour touristes qui nous l’a dit).

Finalement, c’est dans la tranche des 5% restant que nous figurerons, sauf que nous, nous aurons vu une chèvre sur les rochers qui surplombent l’océan, à la place de la tortue.

C’est déjà pas mal.

 

Emportant le souvenir de cette chère biquette, nous allons le 24/10 à Morro Jable pour un dernier ravitaillement en vue de reprendre la mer pour le dernier port du Maroc, qui est plus un mouillage et qui nous rapprochera de Dakar.

 

Amis et familles lecteurs, nous nous en allons de ce pas au cybercafé qui est en ville, pour vous faire partager tous ces moments.

Jusqu’aux prochaines retrouvailles, portez vous bien et faites exploser l’iridium de vos messages que l’on retranscrit sur un cahier spécial message iridium.

Promis, la prochaine fois, je vous fais un classement des personnes qui nous envoient le plus de texto, les premières places sont serrées. A vous de jouer.